Vins et Bières Rebelles en vue ! Partie 2

Sébastien David juste en dessous de la banderole Vini Birre Ribelli. Hasard ?

Deuxième épisode de l’aventure Vini Birre Ribelli ! Cap maintenant sur les vins venant de France ! Je connaissais déjà quelques vignerons, c’était donc l’occasion pour moi de retourner goûter leurs vins mais également de découvrir la gamme complète de certains vignerons dont j’avais jusqu’à présent goûté un seul vin.

C’est le cas de Sébastien David, vigneron installé sur Saint Nicolas de Bourgueil et qui avait 4 cuvées à faire déguster. Ce qui est intéressant avec Sébastien c’est que sur ses 15 hectares, il n’a que du cabernet franc avec globalement le même terroir partout. La différence entre les cuvées ne se fait donc pas dans la vigne mais durant la vinification, c’est sa patte qui va façonner le caractère de chaque vin, d’ailleurs il est surnommé l’hulurberlu par chez lui. Et le résultat est là, avec des vins plutôt sur le fruit et gouleyants ainsi que des vins plus structurés et fait pour patienter quelques années en caves. Pour arriver à ces résultats, Sébastien fait souvent des « infusions », préférant prendre le temps plutôt que de faire vite.

Sa première cuvée, Hulurberlu 14 (comme son surnom donc) est clairement un vin de soif. Les raisins proviennent de vignes de 45 ans (ce qui est déjà âgé quand on voit ce que certains entendent par « vieilles vignes ») et sont vinifiés en macération carbonique. Pour faire court, la macération carbonique (méthode très pratiquée dans le Beaujolais et le Languedoc) consiste à mettre les grappes entières, donc avec la rafle, dans une cuve et à saturer celle-ci en CO2. Les raisins vont donc débuter une fermentation intra-cellulaire, ce qui va permettre d’extraire de la couleur et des arômes tout en extrayant peu de tanins. En bref ça permet d’avoir des vins plutôt souples, très fruités et gouleyants. Cet Hulurberlu sent les fruits à plein nez : framboise, cerise, tout en ayant un léger côté épicé qui vient nous chatouiller les narines. A la dégustation ça donne un vin tout en souplesse avec des tanins assez discrets et veloutés et ce qu’il faut d’acidité pour faire saliver et donner envie d’y revenir.

Coef 14

Pour Coëf 14, on prend les mêmes et on recommence. Sauf que cette fois le vin est élevé en amphore au lieu de passer en cuve. L’élevage en amphore permet d’apporter de la profondeur au vin et un côté plus « pur ». Le vin gagne donc en complexité et en longueur, tout en gardant pas mal de fraîcheur, ce qui le rend très facilement buvable. L’aromatique est la aussi présente, avec ce côté fruité qui ressort bien, tout en étant plus complexe que sur l’Hulurberlu. Un très chouette vin qui mérite bien son nom : Patrick Böttcher (organisateur de Vini Birre Ribelli entre autre) avait fait remarquer à Sébastien que cette cuvée présentait un fort coefficient de buvabilité, ce qui donna donc Coëf.

Vient ensuite Kézako sur le millésime 2013, qui permet de découvrir une nouvelle facette du cabernet franc. On passe là sur un vin plus charnu et plus structuré. Il faut dire que ce Kézako est fait avec douceur et précision. Les grains sont d’abord mis dans un fût pendant un peu moins de 3 mois. Durant ces 50 jours, les raisins restent tranquillement en infusion dans le vin (une forme de macération donc), sans pour autant les écraser ou les remuer dans tous les sens. Les raisins sont ensuite pressés puis le vin est élevé dans des cuves ovoïdes pendant 12 mois. On se retrouve en face d’un vin bien fait, dont le nez tire sur les fruits noirs mûrs avec un petit peu de poivron. En bouche ça reste frais tout en étant rond, avec des tanins déjà soyeux mais qui ne sont pas contre quelques années d’attente encore. L’idéal serait de boire ce vin à table avec un bon plat fait avec amour (un rôti de veau aux olives).

Kezako 13

Dernière cuvée présentée par l’hulurberlu de la Loire, le Vin d’Une Oreille 14. Là encore, une vinification très précise qui permet d’obtenir un excellent résultat. Pas de cuve ovoïde ou d’amphore cette fois mais 24 mois d’élevage en fût, le tout en commençant par une macération carbonique de quelques jours. On se retrouve avec un vin plus discret au nez, qui a besoin temps pour s’épanouir et se dévoiler complètement. Le côté fruité est présent tout comme le bois du fût, bien que celui-ci ne prenne pas le dessus. En bouche on retrouve un vin très ample et soyeux. Une très belle bouteille qu’il faut garder quelques années ou ouvrir en avance. En tout cas avec ce vin on passe encore un niveau en profondeur et en complexité. Vraiment un gros canon !

Pour compléter ce petit tour de vins venant de France, il me faut parler un petit peu de Julien Peyras. Installé entre Montpellier et Béziers, il produit de très beaux blancs de macération ainsi que des rouges bien en place et délicieux. Pour le coup j’ai plutôt envie de parler des deux rouges que je n’avais jusque là jamais goûté.

Séraphin 14 c’est une cuvée uniquement composée de grenache. Et ça nous donne un vin gourmand, qui sent les fruits mûrs (mûre, cassis) et le sud. Bien qu’encore un peu jeune, c’est vraiment le vin à ouvrir avec des copains et un plat de lasagnes.

Lo Tarral 14

Lo Tarral 14 de son côté est un vin d’assemblage : 45% carignan, 45% syrah et 10% grenache. On retrouve encore un nez fruité, un peu plus sauvage et épicé que celui de Séraphin. Le mariage des trois cépages fonctionne plutôt bien et nous donne donc un vin riche et ample. La syrah apporte un peu plus de tanins, ce qui structure bien le vin et ajoute encore plus de caractère. Une belle bouteille en somme qui devrait gagner en complexité au fil des ans et accompagnera parfaitement une viande grillée.

Dernier coup de cœur illustré, le Chardonnay Champ d’Aubert de Valentin Morel. Jeune vigneron du Jura, Valentin a repris avec ambition le domaine familial rebaptisé pour l’occasion Les Pieds sur Terre. Parmi les quelques cuvées de Valentin, le Champ d’Aubert sort un peu du lot. Et cette particularité c’est qu’il s’agit d’un blanc de macération (12 jours). Le fait de laisser les raisins macérer avec le moût permet donc d’extraire un peu plus les composants du raisin. Le vin gagne  en richesse et en tanins, et c’est ce qui le rend très intéressant. L’acidité du chardonnay compense bien les tanins et la richesse apportés par la macération, ce qui permet ainsi au vin de rester agréable et de ne pas tomber dans le lourdaud. Un vin qui je pense conviendrait parfaitement une volaille accompagnée de quelques champignons (poulet aux morilles, volaille farcie, …).

Chardonnay Champ d’Aubert 15

Bien entendu il y a plein d’autres vignerons qui méritent d’être découverts : Clemens Busch et ses rieslings allemands à la complexité et l’équilibre fou, Strekov 1075 et ses breuvages slovaques atypiques, Ploder Rosenberg et ses vins d’Autriche élevés en amphore à la minéralité déconcertante. Mais également par chez nous avec Olivier Cohen des Vignes d’Olivier, Catherine Riss, Kumpf et Meyer, Karim Vionnet, ou encore France Gonzalvez.

Il faut le vouloir pour goûter quelques bières !

Avant de clôturer cet épisode Bruxellois, quelques mots sur The Kernel Brewery. Cette brasserie nous vient tout droit d’Angleterre, à quelques pas du fameux Tower Bridge de Londres. La gamme de bière est dense et il n’était pas forcément aisé de comprendre tout ce que pouvait raconter le brasseur. Celui-ci parlait un anglais rapide, et à moitié dans sa barbe. C’était donc tout sauf facile de comprendre tout ce qu’il racontait avec le brouhaha autour. Finalement, toute la gamme de The Kernel vaut le détour. Elle est assez étendue et variée, mais pour ceux qui aiment l’amertume maîtrisée et l’onctuosité, normalement ça devrait vous plaire. C’est d’ailleurs cet équilibre entre l’amertume apportée par les houblons et le côté crémeux de la mousse qui m’a marqué. Et cette mousse a l’air d’être vraiment une marque de fabrique de la brasserie, car retrouvable sur toutes leurs bières. Bref, elle joue vraiment son rôle et ajoute un peu de charme à la bière. Si je devais retenir une et une seule bière de The Kernel, il s’agirait sans doute de l’Export Stout London 1890. Une bière faite à l’ancienne, d’après une recette de l’époque et en essayant de se rapprocher le plus possible des mêmes ingrédients (malts, houblons, …). C’est une stout, ce qui implique donc l’utilisation de malts torréfiés, et ce sont les arômes de café et de chocolat qui prennent vite le dessus. En bouche la bière évolue vraiment, avec une attaque plutôt sur l’acidité avant de laisser l’aromatique s’installer tout comme l’onctuosité de la mousse. Celle-ci vient enrober l’amertume de la fin de bouche, ce qui permet ainsi d’avoir une superbe bière. C’est donc une belle brasserie, qui a trouvé son style et qui l’affirme.

Et voila, Vini Birre Ribelli c’est fini pour moi après 2 jours riches en dégustations et découvertes. Si vous avez l’occasion d’y aller l’an prochain, n’hésitez pas ! Le salon vaut vraiment le coup avec de nombreux vignerons de qualité, de supers stands pour manger le midi (le fond’wich, une fondue dans du pain entre autre) et même des réductions sur les voitures qui sont en vente sur place (oui bon, mieux). Et puis la ville aussi, Bruxelles ça reste une superbe ville avec des bars au top comme le Moeder Lambic où vous pouvez continuer la dégustation après le salon !

Pour ceux qui ont manqué la première partie, c’est par ICI

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